SURVIVRE

Résumé

«Le soir du 13 novembre, j’ai compris que la guerre pouvait éclater en bas de chez moi – une forme inouïe de guerre. La peur et la méfiance sont devenues normales : je vis en attendant le prochain attentat. 
Le soir du 13 novembre, ma génération s’en est prise à elle-même : les assassins avaient le même âge que les assassinés. 
Survivre est un hommage à cette génération, née avec les écrans, ultraconnectée, et pourtant en proie à une immense solitude. 
Nous voulons être libres : parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.» 

FINKELSTEIN

L'Auteure

Frederika Amalia Finkelstein née en 1991 étudie la philosophie à Paris.

L'Oubli (2014) est son premier roman. 

Mon avis

Livre lu dans le cadre de la rentrée littéraire 2017 (merci à Babelio et aux Editions Gallimard/L'Arpenteur).

Pas facile de parler, de faire la critique de ce livre. Récit très court, relaté comme un journal de la narratrice.

Suite à l'attentat du Bataclan, celle-ci nous fait partager ses pensées, ses états d'âme suite à ces évènements. Soit. Je peux comprendre qu'habitant Paris, craignant à tout moment qu'un autre acte se reproduise (même moi à Paris j'y pense mais aussi partout ailleurs), mais elle nous relate également ses achats compulsifs pour se faire du bien (baskets nike), son obsession à aller regarder les vidéos de décapitation, d'enfants égorgés,  de suicide filmé d'une adolescente, d'otages brûlés, ses jeux vidéos sanglants, guerriers, ses tocs : mémoriser les nombres de morts des massacres etc....

C'est la narration de ses angoisses mais aussi de son attrait, malsain à mon avis, pour le terrorisme. Nous avons tous été attirés parfois par les images même si cela nous révulse. Mais elle, elle ne juge pas les auteurs des actes, elle est même à l'affut de nouveaux évènements. 

Elle se pose la question : et moi aurais-je pu basculer ? Elle vient de perdre son boulot, sa grand-mère est morte et elle a décidé de ne pas accompagner sa soeur aveugle aux obsèques (jolies pages sur sa relation avec celle-ci). Sa technique pour se changer les idées : comptabiliser les morts, voir le maximum d'images insoutenables, de les recher même avidement sur internet !

Elle décrit très précisément les scènes de torture ou d'assassinat, dans les moindres détails, mais elle regarde, elle tient bon et s'aperçoit même que ses voisins regardent par dessus son épaule pour regarder également. L'horreur attire et l'on a meilleure conscience quand on peut dire : moi je n'ai pas regardé mais j'ai vu quelqu'un près de moi visionner la scène et j'ai donc vu les images !!!!

Malaise de la jeunesse ? peut-être, Angoisse ? Sûrement, mais de là à en faire un livre ? Pourquoi pas après tout, il y en a eu bien d'autres mais de là à provoquer l'incompréhension du lecteur... La recherche de la contre-verse : voilà peut être une piste. J'ai lu que son premier roman avait déjà fait polémique malgré les encouragements de JM LE CLEZIO et c'est peut-être, je dis bien peut-être, le but recherché : choquer, heurter. Mais il est peut être le reflet également d'une jeunesse qui cherche à comprendre, à s'informer, à se faire sa propre opinion.

Peut être le récit n'est pas autobiographique et que Melle FA. Finkelstein  a voulu retranscrire l'état d'esprit d'une jeune femme parisienne face à ces événements ?

Elle a ses petites techniques pour surmonter certaines situations : pendant les minutes de silence elle tente de se souvenir ce qu'elle a fait la veille et ainsi elle ne voit pas les minutes passer.

L'xplication est finalement peut-être dans les dernières pages du livre :

"... Pas plus que je ne connais les morts du d'Oradour. Pas plus que je ne connais les morts du Bataclan. Je me permets tout avec les morts : comme s'ils ne pouvaient pas se venger. Ma conduite a quelque chose d'inadmissible. Je me dis qu'il se peut que je profite d'eux pour donner un sens à ma vie ; qu'il se peut que je profite de l'horreur qu'ils ont traversée pour échapper au vide de mon existence. Pouvoir me dire enfin  j'ai une cause à défendre....."

Mais il faut garder l'espoir, il y a malgré tout un sursaut dans l'attitude de cette jeune femme un peu "paumée" et l'on veut croire qu'elle va réussir à sortir de cet engrenage morbide.

A écrire cette critique et à réfléchir aux pensées et actes je me dis aussi qu'elle n'est pas la seule : beaucoup de gens passent des heures entières rivés à leurs écrans (tv, téléphone, ordinateur) dans l'espoir d'une scène, d'une image, d'une info..... Les grands responsables sont les médias, journalistes, la sur-enchère de l'image, du mot, du témoignage. Comme si les actes en eux-mêmes n'étaient pas assez terrifiants !

Dans ces conditions il est difficile d'attribuer une note : l'écriture est simple, fluide, accessible. Le thème et les moyens sont extrèmes. Je suis très partagée et indécise et il y a peut être conflit de génération : je ne suis pas de sa génération et certains passages m'ont "choquée" "heurtée" "indignée" mais ce récit a au moins un avantage c'est qu'il soulève bien des discussions.

Ma note : **

Ciao