Atelier N° 272

ATELIER N° 272 

Mais où suis-je ? Où est-elle ? J’ai beau regarder autour de moi je ne la vois pas. 

Nous étions parties tôt ce matin, avions franchi les portes de la ville avant l’affluence des départs en week-end surtout quand ceux-ci sont annoncés ensoleillés. 

Après avoir mis ses lunettes de soleil, glissé un CD de tubes italiens dans le lecteur, elle s’était mise à fredonner et m’avait laissé faire. Elle était heureuse. 

Au bout de deux heures, elle avait décidé de faire une halte ici, sur cette petite route de campagne, au milieu des champs. Mais moi je ne suis pas une rurale, je suis une petite citadine. Je ne suis pas dans mon élément , ici, sans elle. C’est vrai que l’on attrape vite des crampes dans un si petit espace. 

Elle a ouvert la porte doucement, a posé le pied dehors, a laissé les clés sur le contact et à claquer la portière. Et depuis rien ! Elle m’a abandonnée ! Elle n’a même pas pris son sac.

Mais à quoi elle pense ? Je n’existe plus ! Moi qu’elle aimait tant, elle m’avait désirée, elle s’était privée pour pouvoir me payer afin de rester libre et indépendante disait-elle !

Et me voilà, seule, au bord de la route, à la merci du premier inconnu qui passe et pourrait me faire subir les derniers outrages …… 

Pas un mot d’explication pourtant j’ai toujours respecté le contrat : pas de pannes, elle peut compter sur moi, je suis fiable, peu exigeante du moment qu’elle m’alimente, me bichonne. C’était réciproque .

 Peut-être est-elle partie rejoindre celui qui occupe parfois, trop souvent à mon goût, le siège à côté d’elle : je sais qu’il tient une place importante dans sa vie comme il prend toute la place chez moi.

Je reconnaiss sa voix, son odeur, ses formes mais lui m’ignore, ne comprend pas que l’on puisse s’amouracher d’un si petit gabarit !

 Ah mais je la vois qui revient vers moi, là derrière. Elle a du aller se dégourdir les jambes et en a profité pour téléphoner à ….. Ah elle sourit, c’est lui qu’elle a appelé, on va le rejoindre et je suis du voyage. Oui elle est heureuse.

Elle passe la main sur mon toit comme une caresse, elle ouvre la porte de mon cœur, se glisse dans mon corps et tourne la clé.

Je ronronne de plaisir, je glisse sur la route et je guette son regard dans le rétroviseur : oui je t’attendais, tu peux compter sur moi, il fait beau, la vie est belle et je te protège.

Ciao